interview


peux-tu nous expliquer concrètement ton métier : illustration, création, graphisme .... ?
Il y a tellement d'aspects différents à ce que je fais qu'il est difficile d'y apporter de grandes précisions, disons que mon métier de base est ‘graphic designer'. mais je n'aime guère les étiquettes alors je dirais que mon métier est celui de l'image. dans l'idée, disons que je mets mes connaissances et mon oeil au service de mes clients.
comment travailles-tu ?
sur mon canapé, aujourd’hui on a la chance de pouvoir travailler depuis n’importe où sans subir d’insupportables open-office ou l’environnement de bureaux aussi austères que déprimants. il suffit d’une connexion, d’un bon ordinateur portable, d’un téléphone et c’est parti. j’aime travailler en collaboration avec de bons photographes, des graphistes et des développeurs, c’est un échange toujours très riche, le partage d’une vision des choses et surtout le souci de la perfection. il m’est donc crucial de démarrer un projet avec une matière noble.
la journée travail type de davidh : s’il y en a une...
c’est quoi ce gros mot ??? Je ne connais plus ce mot depuis si longtemps. quand le métier que l’on exerce est une passion, alors on perd toute la notion du mot ‘travail’. néanmoins, je passe en moyenne 12 heures chaque jour sur mes écrans … cela peut paraître effrayant, mais la passion et la notion du temps sont deux choses qui ne fonctionnent pas de concert. à savoir si je vis pleinement ma passion ou si j’en suis l’esclave (sourire).
tu as un style très caractéristique dans toutes tes créations, d’où cela te vient ?
honnêtement aucune idée … mes inspirations sont avant tout musicales, très liées aux mouvements des choses, à la grâce du corps. j’aime mettre en évidence ce que l’on ne voit pas ou ne perçoit pas habituellement, j’aime travailler les contrastes de la dureté et de la douceur, le double sens des choses. tous ces éléments sont en quelques sortes ma marque de fabrique. mes résultats sont en général très chargés mais en même temps tellement simples que l’ensemble en devient presque évident et logique.
qu’est-ce que tu écoutes ?
je suis un vieux jeune, principalement bowie, surtout les derniers albums pour leurs côtés noirs, la profondeur des sons de peter gabriel, bref, que des vieux. (sourire). en dehors de cela j’écoute beaucoup d’éléctro underground, non pas celle que l’on peut entendre sur les radios-shit populaires, mais le vrai ‘underground’ de compositeurs qui n’ont pas encore vendu leurs convictions au diable.
toi-même, comment juges-tu ton style graphique ?
je suis très dur avec moi-même et dans une insatisfaction constante, limite auto-flagellation. mais de façon plus légère, c'est l'émotion qui me guide, rien ne se fait sans elle. juger une œuvre est en soi un art difficile que peu pratique avec talent. personnellement, je ne juge jamais le travail d’autrui, je me contente simplement d’apprécier ou de ne pas apprécier, ce qui est à mon sens le minimum de respect que l’on puisse accorder au travail d’un artiste. les gens aiment ou n’aiment pas ce que je peux faire, je ne me bats pas pour qu’ils aiment et je ne cours pas après. je suis d’ailleurs de moins en moins présent sur les réseaux sociaux où je n’ai conservé que l’essentiel (twitter & bēhance), à mon sens, cela n’apporte rien de très constructif. même si la majorité des humains adore donner leur avis sur à peu près tout (c’est une façon d’exister). tous les goûts sont respectables et différents, si tout cela était unanime (voir populaire) le monde serait assez ennuyeux, alors je dis: vive la diversité culturelle, préservons là.
les techniques de prédilection ?
je devrais prendre des actions chez adobe (sourire), je travaille principalement avec illustrator, photoshop et indesign depuis fort longtemps. plus encore depuis cette nouvelle façon de travailler avec le creative cloud. en général, les idées germent assez rapidement dans mon esprit et ces programmes offrent des possibilités si infinies que la seule limite est celle de l’imagination humaine.
tu travailles sur pc ou sur mac ?
hahaha, la question qui tue … (rire). là aussi je vais me faire des ennemis. je bosse avec un macbook pro et un iphone, ce qui comble totalement mes besoins. utiliser plusieurs programmes graphiques en simultané requiert pas mal de puissance et une stabilité irréprochable. cependant, je ne comprends pas cette guerre entre pc et mac, illustrator à exactement le même fonctionnement sur les deux plateformes … et puis le plus important est toujours le résultat de ce que l’on donne, qu’importe l’outil. un menuisier ne vend pas ses outils, il vend ses meubles.
lorsque tu ne travailles pas, que fais-tu ?
je dors, j'essaie de passer du temps avec la femme que j’aime et nos enfants… ce n’est pas souvent, mais mon amoureuse se charge de m’arracher à mes écrans. cependant, lorsque nous partons en vacances, il me faut trois jours pour décrocher totalement. j’essaie de partir sans téléphone quand c’est possible, juste histoire d’avoir une ‘vraie’ coupure.
les thèmes que tu désires le plus aborder ?
les religions ont quelque chose de fascinants et de terribles, la plupart sont monothéistes et ont néanmoins divisé les peuples depuis des siècles à coup de guerres et de massacres alors que chacune d’elle est basée sur des valeurs humaines. il y a aussi le thème de l’humain que j’aimerais aborder. c’est un sujet intéressant, car il est à la fois tellement prévisible et individualiste. Il y a tellement de thèmes que je sais d’avance que ma vie sera trop courte pour assouvir tous mes désirs.
quels sont tes projets ?
la question est difficile, mes projets professionnels doivent rester confidentiels. quant à mes projets artistiques, je souhaite avoir assez de temps pour continuer ‘absurde’. c’est pour moi un véritable exutoire rempli de rencontres magnifiques avec des personnes pleines de talent. ce magazine ne subit aucune direction artistique ou directive quelle qu’elle soit et est totalement libre. c’est là tout l’intérêt de rester indépendant et sans pub, ce qui ne nous soumet à aucune concession.
comment est né ‘absurde’ ?
c’est une belle histoire, je travaillais en collaboration avec philippe jeanne (écrivain) et davolo steiner (photographe) sur un livre  d'art intitulé ‘cigare’, un très bel ouvrage philosophique qui a nécessité deux années de réalisation. avec philippe, nos esprits se sont (re)trouvés en tous points, lui écrit et je gribouille. si bien qu’à la fin de ce projet, nous avons décidé de mettre au monde un enfant libre et sans règles absurdes. laurent frischt, chroniqueur à la plume acide et ami de longue date nous a rejoint pour faire grandir ‘absurde’. c’est un beau trio où il n’existe aucune hiérarchie et où tout est basé sur l’échange et la réelle liberté d’action.
pour quelle raison est ce que tu publies essentiellement de jeunes talents photographes ?
les magazines ne sont pas lucratifs pour les photographes, mais sont un bon support pour les faire connaitre. lorsque je vois autant de jeunes photographes vraiment très talentueux, les publier est un pur bonheur. il y a quelques temps, vogue a édité un numéro sur les 100 ans de la photographie de mode, l’idée était charmante jusqu’à ce qu’on y découvre que 90% de cette rétrospective était remplie par newton. je trouve ça honteux de réduire la photographie de mode à un seul photographe, si merveilleux soit-il.  à la petite échelle de ‘absurde’, j’essaie de montrer ce qui est novateur et puissant, ceux qu’on ne voit pas dans les magazines parce qu’ils ne sont pas des ‘fils de quelqu’un’, ceux qui ont tellement de talent qu’il est de ma conviction de les publier dans ‘absurde’ pour qu’ils continuent, c’est important, pour le re-nouveau et surtout pour l’anticonformisme de l’image.
parmi eux, qui sont tes chouchous ?
s’ils sont dans absurde, c’est que je les aime. rien ne se fait sans amour ici-bas. après bien sûr, il y a des noms qui m’ont marqué à vie comme paula parrish, nadia wicker, brian ypperciel, jagoda wilczynska, anna danilova, andré schmucki, abigail stern … la liste pourrait être longue, chacun m’ayant apporté une vision des choses qui leur est propre. je ne perds jamais de vue que le but premier d’une image est de générer une émotion. beaucoup d’artistes que j’adore n’ont pas encore été dans ‘absurde’, ce magazine est assez conceptuel pour qu’il nécessite environ une année de selection éditoriale et photographique. je sais, c’est long, mais je crois que le résultat en vaut la peine.
vers quoi désires tu aboutir ?
wow, tellement de choses !!! Mais le mot ‘aboutissement’ me dérange, cela signifie que tout s’arrête, qu’il n’y a plus rien à rêver. je préfère penser que je n’aboutirai jamais à rien pour pouvoir continuer de rêver jusqu’à mon dernier souffle … /.
on s'en fout un peu non ?
c'était quoi la première question déjà ?